Oser, c’est oser l’échec

La réponse est OUI. Ma première réaction : la joie.

« Youpi. Je peux démarrer aux beaux-arts en cours d’adulte ! »

ne pas oser

Ma deuxième réaction. La peur.
« J’ai peur d’y aller, je serai nulle, pourquoi j’ai fait ça ! Pourquoi me mettre sur le dos encore un tel stress ! »

Suis-je devenue trop descartienne? Disons, d’une certaine façon trop française, pour refuser ainsi le risque de l’échec ?
Car, c’est bien de là que vient cette angoisse. Voyons, c’est bien ma peur d’échouer qui se manifeste !

Je me remonte le moral avec la lecture de Charles Pépin et son livre « Les vertus de l’échec ».
Et vive Aristote, Lao-Tseu, Nietzche, Sartre, et le poète Kipling !
Tous les philosophe de “devenir” (héraclitéens par l’opposition aux parménidiens). Les minoritaires et ceux que je comprends finalement bien mieux.

C’est réparti. Oser, c’est oser l’échec. A moi la rue Bonaparte.

Selon le Descartes national, échouer serait imputable à un mauvais usage de la volonté.
La phrase la plus stupide que je connaisse est de lui : « Si on veut, on peut. »
Belle escroquerie du philosophe. Une insulte à l’égard de la complexité du réel.

Il est possible de vouloir toute sa vie. De faire que des choix raisonnables. De suivre les résultats du tableau Excel, sans jamais réussir la moindre chose. Mais il y aura finalement peu de gens qui vont vous blâmez, si votre vie un un long fleuve tranquille bien ordonné.

Inversement, échouer en France, c’est d’être coupable. En France triomphe la raison au détriment de l’expérience !
Ce pays de faible culture de l’échec confond vite ‘avoir rater’ et ‘être un raté’.

Pourtant, dans l’échec, bien géré, nous nous questionnons, nous nous découvrons.
Et surtout, l’expérience de l’échec est l’expérience de la vie même.
Les enfants du modernisme occidental de Descartes ont du mal à l’entendre.
Oser ne signifie pas d’ailleurs de faire exclusivement que des choix des choix logiques.

Lao-Tseu, cet indispensable couteau suisse, dit : l’échec est le fondement de la réussite.

wIKIPEDIA

Ce qui veut dire aussi que la “prise de risque”, est avant tout une acceptation de la possibilité d’échec.

Ce qui fait souvent la différence entre les personnes n’est pas toujours la différence de courage ou de volonté, mais le fait d’oser l’échec.

Oser ne délivre toutefois pas de la peur.

Nous hésitons, avons peur et nous ratons. Mais c’est ce qui rend la vie intéressante.
Car cela signifie que nous cherchons encore notre étoile. Sinon, nous terminons avec de la déprime. La déprime est une panne de désir.

Désirer vient du latin desiderare- qui est directement lié à l’idée de regretter l’astre absente ou de rechercher l’astre perdue.
Ce que les philosophes barbants interprètent comme ‘recherche d’éternité, de reconnaissance ou de plénitude’ selon l’école, dont ils sont issus…
La peur et le désir font une partie indissociables du moteur de la vie.

Nous devons donc désirer suffisamment pour dépasser la peur et oser l’échec.

Je pense que ce qui compte au fond, c’est toujours l’inaccessibilité de l’astre et la liberté de se tromper.

Nous espérons de ne pas être juste cette petite pompe qui expire et inspire, souvent inconsciemment, dans un temps délimité par l’usure des tissus.

Contrairement aux animaux et aux machines, nous hésitons et ratons, car nous sommes libres.
Nous tâtonnons en cherchant cette étoile perdue ou absente.
En essayant de se rapprocher par de multiples déviations de notre axe : de ce que nous sommes vraiment.
Nous rencontrons sur ce chemin Monsieur Zarathoustra : « deviens ce que tu es ».

En réalité, je me dis toujours, qu’il n’y ait pas de risque plus grand, que de ne pas essayer.
On est certain de mourir sans savoir et sans faire, ce qu’on aime. Quel intérêt alors de pomper l’air.

Par conséquence, il ne faut pas laisser passer trop de chemins possibles.
Il faut souvent oser. Et il est aussi vrai que ceci multiplie le risque d’échec. C‘est la statistique, mon cher Descartes.
Et pourtant, cela multiplie aussi les possibilités de trouver son étoile.

Les ouvertures et les portes. L’échec est un commencement.

L’échec est vital, si on le comprend comme une ouverture du champ de nouveaux possibles.
L’échec est bien plus que la connaissance ou l’expérience.
L’échec est surtout une porte.

Car il nous rend disponible pour autre chose !
Il nous libère de l’enfermement dans un seul avenir. Dans ce pénible CDI, une sorte de bullshit job, qui ne se termine jamais. C’est ce super emploi que tout le monde vous envie, bien payé qui conduit tout droit dans le cabinet de psy à 40 ans.

Echouer, est une crise et une remise en cause bénéfique.

La crise vient de kaïros, du grec kinein- séparer. C’est le moment où le réel se révèle d’une façon inédite. Le réel se déchire comme un vieux rideau.
Par l’ouverture, il permet d’entrevoir ce qui fut caché. Mais, il ne faut pas espérer de tout comprendre immédiatement et facilement. Nous pouvons cependant à minima se demander : « Qu’est-ce qui commence ? »
Le mode échec est une porte potentielle vers une autre compréhension et une bifurcation.

Manque d’humilité?
oser

Il paraît que l’échec est aussi une leçon d’humilité.
En tout cas, c’est comme cela que les autres aiment bien regarder celui qui se plante, comme un orgueilleux, pas assez humble !
L’humilité vient du latin ‘humilitus », humus, terre. Redescendre sur terre ? Mesurer ses limites ? Mordre la poussière pour viser mieux le ciel ?

J’entends le ricanement des inactifs, des peureux, des essentialistes qui pensent généralement que l’intention compte plus que l’action.

« Bien fait, regarde comme il s’est vautré notre existentialiste en action…Ah, pas assez humble, quel ego, quel raté. »

Une vision plus positive de ce besoin d’oser (mécréante dirait Platon ) me tente. Que disaient les progrediens antiques !
Aristote parlait de la nécessité « d’actualiser sa puissance ».
Progrediens :  l’envie qui conduit à développer sans cesse les connaissances pour pouvoir affronter la dureté de l’existence.
Or, seul l’échec et notre résistance “dans le réel” permettent de s’améliorer. Et toc. Tant pis pour ceux qui restent toujours au stade de l’intention…

Il y a de la joie dans l’échec ?

naissance planète

Le coût associé à « l’action d’essayer » existe, mais il est toujours inférieur au coût associé à l’inaction.
L’échec et la joie sont liés.
Si.
Les deux ont un rapport au réel.
La tristesse est la posture de la victime qui se vautre dans l’irréel.
Affronter l’adversité, comme le fait de ‘revenir de loin’, procurent en réalité la joie.
Inversement, le coût associé à l’inaction est souvent celui du burn-out et d’une dépression.

La déprime de l’inaction ou déprime de l’échec?

Cette crise individuelle ( la déprime ou la dépression) permet de bifurquer, si on la gère correctement. Sans chercher la faute chez les autres, mais en se questionnant.
En l’éprouvant, les hommes constatent d’abord de vivre et de travailler comme déconnectés  de la vie.

On nous parle de notre formidable succès professionnel et nous sommes pourtant tristes.
Car, certains succès s’accompagnent d’une infidélité à soi-même.
Freud parlait du refoulement de la singularité asociale !

La déprime a sans doute dans nos vie aussi un rôle fondamental et positif. Comme l’échec, c’est aussi une porte. Ou un carrefour.
Mais trop souvent, nous nous posons en victime d’un système, sans oser de le quitter.
On n’ose pas de se rater, mais on accepte de ne plus chercher une étoile.

Il est donc pratique de croire que le système qui nous entoure est injuste.
Le juste et l’injuste n’est qu’une interprétation humaine.
Le sentiment d’injustice ne rend pas le réel plus facile à vivre. Le destin n’est ni juste, ni injuste, il est comme il est. Nous pouvons nous refermer dans un grotte et ruminer ou ouvrir toutes les portes et partir en vadrouille.

Au passage, notons qu’il vaut mieux faire la différence entre les choses sur lesquelles nous avons la prise et les autres, impossibles à fléchir. Cela fait gagner beaucoup de temps au combattant. Audace oui, mais pas la témérité.

Parfois, il faut juste oser de partir…Fermer une porte pour ouvrir pleines de nouvelles portes possibles.
Toute société pour fonctionner exige que les individus se soumettent à une norme.
Mais ce qui est bon pour la société, n’est pas toujours bon pour chaque individu.
Et encore moins, toute une vie professionnelle.
Oh, dans un pays où on lutte pour les CDI éternels, c’est difficile à faire comprendre.

Il y a quelques années, ces interrogations tristes et désabusées furent pourtant aussi les miennes.
J’ai visiblement assez refoulée pendant plus de 40 ans « ma singularité asociale », pour avoir le sentiment de passer à côté de ma vie.
Pour enfin quitter le système du CDI bien lucratif !
Ce n’était pas le système qui était fautif de ma tristesse, mais moi, qui avait envie d’autre chose.

Descartes a un peu raison de dire qu’il faut vouloir. Mais…

Mais, il oublie l’essentiel : vouloir dans la fidélité de ses propres désirs…et cela change tout.

Je me suis bien ratée depuis en cherchant l’étoile. J’ai bien foiré une quantité invraisemblable de choses.
Mais, quelle joie. Quelle liberté.
Et tout ce que j’ai appris !
La peur est toujours présente, mais pas la tristesse.
Que de portes ouvertes.
Peu importe le nombre de chutes.
Ce qui compte est de trouver la force de se lever juste une seule fois encore.

Et voilà un lien vers les interrogations en image.

Et voilà le pépin: https://www.fnac.com/Charles-Pepin/ia141720

Le carnet des plantations.