Comment l’ère numérique influence l’innovation pédagogique ?

Derrières ces abréviations se cache le sujet de l’innovation numérique dans l’univers de la formation.
La question n’est-elle pas plutôt: « comment l’innovation pédagogique tient-elle compte de la culture des natives numériques? »

Cette génération bien équipée et formée à la nouvelle technologie. Qui communique, consomme et travaille différemment.
De manière plus instantanée, en multi-canal, ouverte, mobile, horizontale, connectée, moins attentive, plus rapide, plus visuelle, plus nomade.
Faisant bouger les frontières physiques et les démarcations entre l’école, le travail et les loisirs…

Je me suis souvent posé ces questions.
Dans mes diverses missions autour du positionnement des marques des écoles supérieures.
Et dans ma dernière étude d’impact des pédagogies disruptives sur l’aménagement des espaces des écoles.

Il ne s’agit pas ici de faire un rapport d’expert sur la question de la bonne ou de la mauvaise pédagogie innovante. Ce n’est pas ma compétence.
J’avais toutefois un besoin de comprendre mieux l’évolution des pratiques pédagogiques dans le contexte de la révolution numérique.
De saisir qui sont les nouveaux acteurs du marché. Et d’acquérir quelques fondamentaux sur ce sujet qui semble d’actualité.

Quelques rappels de données préalables.

Mobilité: le tout , tout de suite et partout.
En, 2017, c’est le smartphone qui devient l’équipement le plus souvent utilisé pour se connecter à l’Internet. 42% pour le mobile après 38% pour l’ordinateur.

Croissance de data, nous sommes de grands « datavores ».
90% des données existantes ont été crées ces deux dernières années et la quantité de données est toujours en forte accélération. En 5 ans, nous avons multiplié par 7 la quantité de données produite.

Accélération des changements.
Vous savez sans doute qu’il fallait 75 ans pour que le téléphone puisse atteindre la barre de 50 Millions d’utilisateurs. C’était 3.5 années pour Facebook et 19 jours pour le dernier jeu de Pokémon Go !
Non, ne dites pas, que rien ne change. Que tout est comme avant. Il suffit de garder la craie et le tableau noir et les étudiants suivront.

Ils ne vont pas suivre. Ils vont regarder leurs mobiles sous la table et attendre péniblement et sans motivation que la séance se termine.
Pourtant, dans un monde qui bouge aussi vite, il faut plus que jamais se former, de manière structurée et solide pour acquérir les bases.

Et pour apprendre à apprendre.

Quelle pédagogie alors est la mieux adaptée à l’évolution du monde?

Si on part du principe que la pédagogie est « l’art de l’éducation », faire preuve de pédagogie signifie « l’aptitude à enseigner et à transmettre » un savoir ou une expérience.
L’apprentissage devient actuellement donc un triangle de trois choses : technologie, pédagogie et expérience.
pédagogie innovante

Et pour cela, plus que la donnée mémorisée, ce qui compte, est la méthode adaptée au public actuel et la qualité du savoir-faire du « pédagogue ».
Ajoutons à cela, son ouverture à l’expérimentation.

Il existe de nombreuses tendances de la formation innovante, disruptive ou présentée comme telle.
On parle beaucoup de  la pédagogie ouverte, de l’ enseignement participatif et collaboratif.
Le vocabulaire pédagogique foisonne, autant que la littérature et les rapports administratifs sur le sujet.

Les cours en lignes, les MOOC et les modalités hybrides.
Puis : social learning, adaptative learning, apprentissage par projet, learning from crowd, translanguaging, learning for the future, méthode par « productive failure » , design thinking ou encore analyse formative (formative analytics) sans oublier LMS ( learning management system) .
Evidemment le « teachback » pour dire, il me semble, juste qu’il faut pratiquer la reformulation !

Autant de mots de jargon technophile à la réalité parfois décevante, mais aussi des idées géniales et de réelles avancées.
Comme toujours, lorsqu’on parle de l’innovation, il y a l’idée et la théorie d’une part et la mise en œuvre de l’autre part.
C’est tellement plus valorisant d’en parler, mais souvent moins gratifiant de gérer correctement la bonne mise en œuvre dans la vraie vie!

Mais, les faits sont là. Tout cet univers bouge ou devra s’y mettre !

Petit panorama pour s’y retrouver dans la jungle d’appellations et abréviations.
Les MOOC, SPOC, LMS et les techniques hybrides.

Les cours en lignes, connus sous l’appellation MOOC (Massive open online course), ouverts au plus grand nombre (pas toujours gratuitement !) et leur petit frère SPOC.

Ce n’est pas un personnage d’un film de science-fiction avec des oreilles pointus, mais SPOC signifie « Small Private Online Course ». Une sorte de Mooc pour un petit groupe et accompagné par un formateur.

En version « Enseignement hybride », vous mixez un peu de présence, un peu de distance et un peu de travail en mode projet et/ou de tutorat.
Avec les mots savants de la « pédagofolie » : le présentiel+ le distanciel+ l’expérienciel. Ouf !

Dans la vraie vie encore, qu’il s’agit souvent d’utiliser moins de profs et d’exploiter mieux les mètres carrés existants. Ce qui ne devrait pas être l’unique but de cette nouvelle « hybridation ».

En soit, ce n’est pas le mix des outils ou des techniques qui est disruptif, mais la manière, dont il est mis en œuvre. Au profit de qui ? De l’élève ou juste du ROI de l’école ?

Si l’investissement dans une plate-forme de Mooc est réalisé uniquement pour diminuer le nombre d’enseignants qui accompagnent les étudiants, il y a fort à parier que le résultat ‘disruptif’ ne sera pas au rendez-vous.
Le but d’un MOOC devrait être de diminuer le temps inutile de l‘enseignement présentiel.
Pour ajouter, évaluer, approfondir, bref offrir plus de valeur ajoutée pédagogique à cette auto-formation, grâce à un enseignant-tuteur toujours plus présent.

Il est en effet inutile de forcer des étudiants en médecine de perdre des heures précieuses dans les amphithéâtres bondés.
Assis sur les sièges inconfortables ou par terre, dans de vieux amphithéâtres sans climatisation en été, devant un écran vidéo.
Endormis après une nuit de garde, ou une matinée de travail en hôpital, ils regardent un « lecteur » rarement motivé par l’enseignement sur l’écran. L’intervenant lit un « poly » qu’ils doivent apprendre par cœur de toute façon la nuit suivante. Et copier grâce au budget de l’association des étudiants.
Impossible d’interagir dans ce type de salles avec 300 étudiants, répartis en trois salles, dont deux marchent que par vidéo. Il ne faut pas s’étonner que plus personne ne participerait à des cours de ce type, sauf quand cela est obligatoire. Inversement, comment ne pas fulminer quand les places sont si chères dans les bibliothèques. Les étudiants font la queue pour pouvoir entrer ! Le monde absurde de l’Université.

Quelques exemples de plateformes de MOOC (ou COOC pour le Mooc-corporate):

Les plateformes de Mooc les plus connues en France opèrent dans une logique différente. Ne pas confondre donc les plateformes ouvertes ou commerciales.
France Université Numérique, gratuit. http://www.sup-numerique.gouv.fr/pid33132/enseigner-avec-le-numerique.html
OpenClassroom, prisée par les informaticiens : https://openclassrooms.com/fr/courses
Ionisx du groupe Ionis :  qui toutefois n’ouvre pas du tout largement sa plate-forme, même pas aux étudiants inscrits at payants leurs écoles du groupe (un cours ouvert par-ci, un cours par-là).
Unow, un des pionner en hébergement et en conception, orienté B&B qui vend les  cours ou vous aide à les fabriquer de manière pas gratuite du tout .

Ne pas confondre avec les LMS (learnings management système) ou un LSS (learning support system)

Les LMS (comme Moodle) sont les plateformes fonctionnelles (disons pour simplifier des logiciels) pour l’enseignement permettant de créer des communautés autour des contenus.
Sur un LMS, il est possible d’intégrer les contenus, profiter des ressources et de divers dispositifs interactifs et apprenants dans un espace de travail numérique (ENT).

En dehors des cours en ligne, vous pouvez y créer ainsi par exemple des forums et de bénéficier des gestionnaires de ressources.
Ou encore, de fabriquer des tests et des modules clefs en main : devoirs, corrections, sondages, glossaires, journaux, leçons, wiki, blogs, flux RSS .
Exemples : Moodle, Blackboard, Claroline, Sakal, Edx, Dokeos…

Je passe rapidement le sujet des ‘adaptive et micro learning’s. Des mots savants pour dire qu’on s’adapte au niveau et à l’aptitude de l’étudiant, si on a des données de connaissance.
A  la différence d’une méthode empirique, on raisonne ici avec les outils d’aide à la décision, la neuroscience et les Big data…Pour générer de plus en plus de granularité dans les modules de formation et les évaluations des acquis.
Mais, lors qu’on parle de la » consolidation mémorielle granularisée », je me dis aussi qu’une boite de consulting d’EducTech n’est pas loin.

Vous avez compris donc sans doute déjà, les outils d’Analyse formative et les Mooc sont intégrables dans un LMS.

blablaD’autres définition de cette pédagogie disruptive basée sur la technologie ?

La gamification (ou encore learning through video game) intègre le jeu et l’approche ludique dans la formation, la classe virtuelle est un environnement pour former à distance et même parfois avec un prof virtuel

Plus intéressant : la pédagogie inversée, par projet, par échec et le« design thinking ».

Il s’agit d’apprendre autrement qu’en étant coincé en classe devant un exposé magistral d’un professeur. Pour le mémoriser passivement pour la prochaine interrogation et  mot par mot, si possible.

La pédagogie active permet souvent de générer l’apprentissage à travers la réalisation d’une production concrète, en mettant d’abord l’étudiant en situation de résolution de problème (donc aussi d’échec).

Le Design Thinking, comme le ‘marketing orienté client’ est aussi utilisé en pédagogie. C’est une  méthode d’apprentissage d’innovation et de la créativité qui permet de développer l’empathie, l’écoute et le travail en groupe.

La pédagogie inversée ?

L’étudiant aborde un thème seul, avec les moyens disponibles, souvent en ligne. Puis, il arrive en classe avec une base d’information sur laquelle l’enseignant s’appuie.
Un peu comme le malade qui regarde sur l’Internet et ensuite « explique » au médecin sa maladie et exige un médicament précis.
Chacun se rend compte que le médecin est tout de même un peu plus armé pour guider le malade. Il évite aussi une automédication parfois dangereuse…Inversement, le temps est dure pour un médecin incompétent, incapable de bien expliquer et argumenter.

L’innovation pédagogique dans une classe avec un tableau noir ?

pédagogie innovanteNon, dans un « Learning Lab » qui fourmille de mobilier modulable, d’ordinateurs, de tableaux numériques muraux, de tablettes et de chaises à roulettes ?
Nous pouvons sourire, mais c’est pourtant un environnement qui se rapproche sensiblement de la façon dont l’étudiant devra travailler dans les entreprises !
Sans doute plus proche du monde de travail, que l’exposé magistral, copié sur un cahier à petits carreaux, avec des données périmées demain .

Et voici encore quelques autres termes :
La pédagogie en réseau et connectée : le social learning, learning from crowds, learning by teaching.
On apprend « avec et par les autres ». Comme du temps du compagnonnage.
Apprendre dans le cadre d’une communauté est très efficace.
Surtout, si vous donnez également les explications aux pairs ou vous participez à leurs corrections.

Toute la communauté des développeurs Open source marche ainsi, sans frontière et en créant « un commun » génial.
Un peu de base d’algorithmie solide dans l’enseignement classique et hop, l’étudiant travaille sur un projet sur GitHub. Sur ce réseau géant du social développement, vous allez devenir ou pas un ‘sachant ‘reconnu et courtisé. Évalué par vos pairs et des plus seniors que vous.
Ce « petit » réseau, c’est 14 millions d’utilisateurs et 35 millions de dépôts de projet. Une très belle école !
C’est aussi une base fondamentale de formation en mode projet de tout étudiant dégourdi qui arrive à ‘forker’ le projet sur GitHub. Il communique directement avec ses pairs. Souvent avec ces futurs employeurs et ses tuteurs qui l’aident aussi à trouver les contacts utiles pour un stage ou un travail. Sur n’importe quelle partie de la planète et tout à distance par Skype.

Pour résumer, je retiens les points suivants comme essentiels.

Notons au passage également, qu’ils existent des outils faciles à utiliser pour pratiquer l’innovation pédagogique, sans avoir obligatoirement l’accès à un super LMS.

  1. Mieux connaître les étudiants (par sondages ou votes en ligne) et pour mieux s’adapter au public des ‘digital natives ». Beekast et VoTAR sont des outils qui peuvent vous aider.
  2. Ajouter de l’interactivité, imaginer de nouveaux exercices basés sur la réalisation concrète et travailler en mode projet. Pour les supports multimédia, diaporamas : YouTube, Flaticon, Slideshare et  Framapad pour une prise de note collective.
  3. Revoir l’ordre des séquences dans l’apprentissage, mixer la théorie, la pratique, les évaluations en donnant plus d’espace à l’autoformation. Permettre d’étudier ailleurs qu’en classe et utiliser le temps en classe pour discuter, approfondir, pour développer l’esprit critique et pour évaluer votre performance en direct.
  4. Mettre en cause complètement sa compétence ? Voici la plate-forme dédiée aux enseignants My MOOC pour intégrer la nouvelle technologie dans les méthodes actuelles.

https://www.my-mooc.com/fr/categorie/education-enseignement.

Pour en savoir plus de manière continue sur l’innovation pédagogique:

Vous pouvez vous cultivez sur l’observatoire de la Edtech : http://www.observatoire-edtech.com/

Un autre article sur le même thème sous un autre angle : La réflexion sur l’impact de la nouvelle pédagogie et les espaces physiques, les équipements et les aménagements des écoles supérieures. 

Et plus encore:
https://prodageo.wordpress.com/2014/12/17/pedagogie-ouverte-et-triangle-de-housaye/b
https://tipes.wordpress.com/2013/10/02/le-portail-et-la-plateforme-mooc-de-france-universite-numerique/