pédalage diplomatique. Qui veut quoi?

Syrie, synthèse du pédalage diplomatique. Qui veut quoi?

1600 invitations pour le congrès de la paix à Sotchi organisé par les Russes ont été lancé.
Résultat :
Un nouveau flop dans les laborieuses négociations sur la paix et la mise en place d’un cadre politique et de gouvernance en Syrie.
Auparavant, à Vienne, 9ème round pour rien via l’ON. Astana+ Sotchi, côté russe, pas mieux. Prochaine étape re-Kazakhstan à Astana.
L’opposition syrienne se fissure de plus en plus.

Sotchi pour résumer : tout le monde boude et se vexe.

Régime syrieny était réduit à minima, Assad interdit de séjour (présence du parti Baas comme suppléant).
Les factions anti-Assad soutenues par l’occident , le Comité des négociations syriennes, CNS, n’ont pas assisté, avion avec 70 opposants fait demi-tour à l’aéroport à cause des drapeaux nationaux syriens affichés en ville.
Les kurdes ne sont finalement pas présents à cause d’Afrin.
Les seuls opposants présents sont proches de Moscou, comme Sami Khiami (venue de Beyrouth) et qui ne veut pas toutefois la présence des Frères musulmans autour de la table.
Les turques se vexent à cause de la présence de Mihraç Ural, chef d’un groupe alaouite turc marxisant Acilciler pro Assad.
Washington, Londres et Paris ne se rendent pas à Sotchi pour marquer le coup après l’échec de la réunion entre le régime syrien et l’opposition à Vienne sous l’égide des nations Unies.
Voilà deux initiatives de pourparlers Vienne +Sotchi qui au lieu de se compléter se concurrencent et annihilent.
Et tout le monde trouve une bonne raison de faire le croche pied à l’autre partie. Car, personne ne peut totalement gagner, mais personne ne veut perdre non plus.

Le CNS, l’opposition syrienne sous l’égide de l’ONU en est à sa 9ème séquence d’entêtement avec une nouvelle impasse des pourparlers à Vienne et refus de se rendre à Sotchi. SeloN CNS : Assad » mise sur une solution militaire et ne montre pas de volonté d’engager une négociation sérieuse ». Comme si les négociations à Sotchi et partout étaient dans les mains d’Assad, qui n’y était même pas convié.
Le chef de CNS, Nasr Hariri, grand chef des grandes familles du pays, déclare un peu trop clairement que les opposants souhaitent avant tout remplacer au plus vite le pouvoir en place.
Doit-on lui rappeler sans cesse que l’opposition n’est pas franchement un gagnant évident de la guerre, que la force militaire associée à CNS est illisible sur le terrain et inopérante?
L’ASL est, par exemple, trop occupée à se battre contre les kurdes à Afrin.
Qu’il sera donc difficile de lui transmettre directement les rênes du pays uniquement avec le soutien de la coalition US+Europe?
Garantir le retour des réfugiés dans leur maisons devrait être sans doute une priorité à négocier avant de penser comment se distribuer les ministères syriens.

Bachar Al-Jaafari, le chef du gouvernement syrien est tout aussi de mauvaise foi.

Staffan de Mistura qui chapaute le processus, l’émissaire des Nations unies pour la Syrie, a l’air de plus en plus abattu.
On diraIt que n’est pas une équipe qui gagne et qui gagnera.
Misssion impossible vu les nombreux agendas contradictoires des forces en présence.

Le but affiché :
Mise en œuvre entière et complète » de la résolution 2254, qui prévoit l’adoption d’une nouvelle Constitution et l’organisation d’élections libres dans un « environnement neutralisé ».

C’est le « complet et entière » qui n’est pas la bonne idée lorsqu’on sort de 10 ans de guerre civile. Il y a l’urgence.
En Syrie, le conflit mute actuellement vers des conflits régionaux et ethniques depuis un an.

Ce pédalage coûtera en vie humaine : inefficace et stérile, grave pour la Syrie. Cela rappelle furieusement le pédalage diplomatique sur l’établissement du gouvernement en Lybie.

Pour rappeller la complexité du sujet, voici le rappel des agendas des forces en présence. Trop d’agenda ! Et j’en oublie sans doute.

  1. Objectifs des occidentaux dont les américains :

Assurer la défaite des djihadistes : encore une présence résiduelle dans les zones où le combat continue.
Permettre le retour des réfugiés et des déplacés.
Empêcher le régime syrien à détenir et utiliser les armes de destruction massive et chimiques.
Peser sur une transition politique à Damas en appuyant le CNS, l’opposition des grandes familles syriennes émigrées du pays. Depuis le début la condition de départ d’Assad bloque toutefois toute avancée.
Mais aussi : réduire l’influence de l’Iran et sa présence militaire sur la zone.
Maintenir 2000 soldats de la coalition occidentale, avec des forces spéciales US autour des kurdes de la partie orientale de la Syrie (ce qui pourra vite devenir illégitime.)
Ne pas laisser totalement la zone dans les mains des russes et des iraniens en y ménageant une place confortable aux opposants issus de CNS.

  1. Objectif de Poutine :

Bouter les Américains et les alliés de la Syrie et aussi de la zone kurde.
Préserver et élargir ses bases militaires en Syrie et les accès à la Méditerranée.
Se mettre d’accord avec Erdogan sur Afrin au dépend des kurdes. Et bloquer en échange l’influence des groupes salafistes d’Al-Sham soutenu par la Turquie.
S’afficher comme pacificateur régional et renforcer son alliance avec l’Iran et la Syrie.
Accroître la rupture entre USA et Ankara.
Remplacer les américains dans la zone.
Pour l’instant, garder Assad et soutenir les opposant proches de Moscou, pas CNS.
Eviter par conséquence l’union des opposants pro-russes avec ceux de CNS, pro-occidentaux.
Se débarraser des djihadistes venues de ses propres zones régionales d’influences et éviter leur retour.

  1. L’objectif de l’Iran :
    L’Iran cherche à obtenir la présence de ses troupes en Syrie (une source de contentieux avec Israël et l’Arabie saoudite).
    Nota : La création – promise par la Russie à Israël –, d’une zone tampon de 10 à 15 kilomètres le long de la ligne de contrôle israélienne dans le Golan, où la présence de forces iraniennes et du Hezbollah libanais serait interdite, ne s’est toujours pas concrétisée.
  2. La Turquie :
    Souhaite le soutien de la Russie pour son plan visant à affaiblir les Kurdes d’YPG dans le nord-est de la Syrie (+ le combat d’Afrin).
    Eviter la propagation des milices autonomistes kurdes sur toute la région.
    Garder les alliances avec les groupes islamistes locaux, des milices sunnites, ASL, le moyen ‘interne’ pour contrôler les avancées des kurdes.
    Contrôler la frontière avec la Syrie.
    .
  3. L’Arabie saoudite :
    Soutien principal des sunnites syriens (avec la Turquie).
    Volonté d’affaiblir les iraniens en Syrie et éviter la présence militaire des iraniens en Syrie et des milices chiites.
    Nota :
    L’Arabie saoudite animait à Riyad les 140 membres de l’opposition syrienne, aux côtés du Haut comité des négociations (HCN), qui représentait jusqu’alors aussi l’opposition aux pourparlers de Genève et de Vienne. Le but initial était d’élargir cette délégation à une opposition proche de Moscou. Mais l’opposition continua à se fissurer sur la question de maintien de Bachar Al Assad jusqu’aux prochaines élections. Jusqu’à l’entraîner une série de démissions, dont celle de Riyad Hijab, ancien coordinateur du Haut comité des négociations (HCN).
  4. Les kurdes syriens
    Dans la Mésopotamie syrienne vivent des Kurdes, mais aussi des Arabes (musulmans sunnites et chrétiens) et des Arméniens. Le fait de vouloir faire de cette zone un Kurdistan indépendant conduit à prolonger le conflit et empêche aussi le retour des réfugiés dans leur maison, dont une partie importante ne sont pas du tout kurdes. L’élargissement des enclaves kurdes sur toute la frontière turque est une source de conflits locaux entre les différentes milices armées, comme ASL armée par Erdogan et YPG kurde.
  5. L’ONU
    Conduits par l’envoyé spécial de l’ONU, Staffan de Mistura.
    Les négociations « doivent se concentrer sur la gouvernance, la rédaction d’un projet de nouvelle Constitution et la tenue d’élections conformément au mandat défini par la résolution 2254 du Conseil de sécurité, adoptée en 2015. »
    Toute la question était de savoir si les négociations de l’ONU pouvaient s’articuler sur la réunion de Sotchi et sur l’éventuel « Congrès de dialogue national syrien », concocté par Moscou.
    Pas vraiment. Trop d’agenda contradictoires des parties non syriennes en présence, voir ci-dessus.

l’ONU souffre du rapport de force déséquilibré sur le terrain, de la faiblesse de l’opposition, sans aucun moyen militaire réel et de l’échec de nos instances internationales pour stopper la guerre ces dernières années.
Si un négociateur n’a pas de moyen de pression, ne détient aucun atout solide dans la poche, il finit par des exercices de style de négociations futiles, stériles et épuisants.
Or, il y a l’urgence.
La situation humanitaire se dégrade et le conflit mute vers des conflits civils régionaux potentiellement dangereux. Nombreux groupes et milices armés sont présents dans le pays et commencent les batailles pour les enclaves ethniques.

Déjà trois foyers avec les enjeux complétement différents : Idlib, Ghouta et Afrin. D’autres se profilent à l’horizon.