Sur l’adaptabilité

vache et changementCe samedi dans un café de la petite ville (25.000 habitants) où je fais mes courses, je suis assise à côté de la table d’une jeune femme de 25 ans qui explique à sa maman ses soucis de travail. Elle a la pêche, elle pétille. Je tends l’oreille. Elle parle d’un élévage de vaches laitières. Elle explique en parlant visiblement d’un éleveur, vieux chef d’exploitation :

“Tu comprends il s’en fou de la qualité de son lait. Il ne pense qu’au volume. Il ne regarde pas réellement les chiffres. Le volume l’oblige à augmenter le nombre de vaches et payer plus de maïs. Ces vaches sont entassées, il n’a plus de place dans l’étable et sa tireuse est au taquet.
J’essaie de lui montrer que s’il diminue le nombre de vaches, ce qui déjà lui fera moins investir, ces vaches seront mieux logées et plus à l’aise. Il aura par conséquence plus de veaux. Ce qui rapporte.
Il va économiser sur le maïs et sa tireuse actuelle suffira. Il fera aussi un meilleur lait et il gagnera au final plus d’argent. Mais il ne lis pas bien les chiffres…Mais avec Pierre, on le prend en tenaille et on est en train de voir comment le faire bouger……”

changementJe ne suis pas spécialiste des vaches, mais on peut bien imaginer la galère de cette jeune femme face à un vieux éleveur qui ne veut surtout rien changer, habitué à faire le volume du temps du lait primable…
C’est aussi ça la réalité rurale. N’importe quel métier aujourd’hui a besoin d’être repensé. Il faut accepter le changement. Il faut donc faire confiance à la nouvelle génération.
On va nous rabâcher les oreilles avec les clivages droite, gauche, pauvres, riches, ruraux et urbains, fermés, ouverts, pro- ou anti-européens,….

Le clivage le plus important et le plus universel que j’ai vu dans le monde entier est le rapport des hommes au changement, donc au temps.

La peur du changement qui est aussi une envie profonde et inavouable d’arrêter le temps.
L’adaptabilité implique l’acceptation du temps qui passe.
L’environnement change parfois plus vite que notre état d’esprit.