Sur la tombe de Hâfez.

Un chant sur les lèvres, une coupe dans sa main de déesse,
La belle est venue à minuit auprès de moi, toute heureuse,
Le regard provocant, la bouche accueillante et moqueuse ;

Hâfez est le poète persan le plus vénéré et récité, chantant l’amour humain et mystique. Sous des apparences libertines, il quête l’insoluble mystère de la vie (râz) et de l’homme.

Dans ce pays policier, dans cette dictature théocratique iranienne, la dissidence prend différentes formes. L’art par son caractère symbolique est un des véhicules. Le rejet de la religion peut être une conséquence seulement pour une partie de la jeunesse iranienne. Mais une autre façon de s’opposer tout en gardant sa religion est de retrouver un islam réellement spirituel et déconnecté de la recherche d’intérêt économique et politique.
Certains symboles ne sont pas toujours compréhensibles pour les gens venus d’ailleurs.

Hafez était soufi. Sans pouvoir expliquer en 3 lignes le soufisme, voilà ce qui est à mon sens important à saisir dans cet engouement pour les poètes persans soufis (Hâfez, Sa’adi, Mowlavi, Roudaki, Khayyâm) dans l’Iran actuel.
Le soufisme, cet islam secret et mystique est une recherche de Dieu des initiés (rand) par les maîtres des confréries secrètes, qui ne s’embarrassent pas des interprétations juridico-dogmatiques.
L’homme libre (âzâdeh) s’oppose ici au bigot qui voit dans la beauté humaine et dans la beauté de la femme un piège.

En Iran, la grande majorité des mollahs sont vivement opposés au soufisme chiite qui puise ces racines en Perse zoastrienne, pré-islamique. Les grands poètes perses ont fait objet de nombreux anathèmes et pressions par les croyants dogmatiques au cours de l’histoire iranienne.
Encore de nos jours, le soufi sape la vision de la religion des mollahs, pratiquée essentiellement comme un instrument de manipulation et de domination dans la vie des gens en leur imposant les interdits et les rites abscons.

La recherche de la compréhension du monde par les soufis en islam n’est pas compatible avec une vision dogmatique des Mollahs du régime actuel.
La pureté de l’âme n’est pas compatible avec la recherche permanente d’intérêt économique du clergé iranien qui s’enrichit sans scrupule.

Etre soufi ou initié d’une confrérie est une autre manière de vivre l’islam. Mais c’est aussi une forme de dissidence.

A Qom, le siège des Ayatollahs, des exégètes pointilleux, se trouvent aussi nombreux basidji, cette milice islamiste, un beau concentré de bêtise. Personne n’est jamais sûr qu’un de ces groupes de zélés paramilitaires de « promotion de la vertu » ne se lance pas dans une démonstration de contrôle des règles sur le passant pour « enrayer toute démonstration anti-théocratique ».

Mais à Shiraz, la ville plus ouverte, chaque soir les iraniens se rencontrent autour de la tombe de Hâfez pour passer un moment agréable.A Ispahan, sous les arches du pont, on fait de la musique et on chante!

La subversion persane est aussi une poésie :
“Si tu veux être libre, sois captif de l’Amour”
“La contemplation de Dieu dans les femmes est la plus intense et la plus parfaite” (Ibn’Arabi)