Régression informatique.

Tous ceux qui ont eu à gérer un projet informatique connaissent ce bonheur. Vous faites 3 mois de recettes, tout est nickel. Après la MEL (mise en ligne), c’est correct et on relève de « petits dysfonctionnements ». On lance des ‘petits’ correctifs et 15 jours plus tard, plus rien ne marche.
J’ai vécu ceci 20 fois…ce matin, comme je ne peux rien faire sauf attendre qu’on remette en marche mon entreprise…. je réfléchis sur ces causes de ces problèmes permanents. Où est la part culturelle, d’éducation et où s’arrête en France le niveau qu’on considère comme NORMAL dans la gestion de la non qualité…
Ayant travaillé pendant 1 an au Japon, le chef du projet aurait déjà fait un harakiri …La culture du faire et de bien faire est totalement différente. Je me souviens d’une conférence où Carlos Ghosn partageait son retour d’étonnement suite à sa nomination à Nissan au Japon. Il parlait justement de cela, de ce cette énorme différence de qualité « de faire », qui ne peut s’expliquer que par un phénomène éducatif et culturel. Je l’ai retenu d’autant plus que j’ai pu vivre la même expérience. Difficulté énorme pour se comprendre avec les Japonais, lenteur pour démarrer et définir un projet, et une mise en œuvre incroyablement nickel. La valorisation du « bien-faire » est totalement différente et donc le résultat de travail est aussi très différent.

La cause est peut-être justement dans la survalorisation en France des idées au détriment de la réalisation. L’enseignement est entièrement tourné vers la stimulation de la réflexion et la valorisation de l’idée, mais le « faire bien », la mise en œuvre est sous-évaluée. Comme toujours, tout est une affaire d’équilibre.
Dans les entreprises, les personnes qui sont des « faiseurs » sont immédiatement détectés et chargés comme des mules, mais on les garde volontiers comme « mule » jusqu’à leur épuisement. On ne va surtout pas les faire progresser ou promouvoir. On va pouvoir leur reprocher les mauvaises réalisations (qui se produisent si on les surcharge comme des mules) et généralement aussi le manque de recul, le nez sur le guidon…Car, il y a une concurrence forte entre les penseurs, toujours plus nombreux, mais il n’ y a pas assez de mules qui font…Les gens qui « font bien la mise en œuvre » sont généralement moins payée, sous-estimé, mais comme on leur a mis dans la tête qu’il ne sont pas assez forts, ils ne réclament même pas plus..

Les grandes entreprises sont obsédées par les discours sur les innovations, voir « les innovations de rupture » nécessitant l’embauche de ‘talents’ à prix d’or, mais n’organisent très mal ou pas du tout la transmission de savoir entre les anciens et les jeunes. La mise en œuvre est secondaire et la responsabilité est diluée dans les fonctionnements opaques et fonctionnels, déresponsabilisants et non maîtrisés. Pour finir invariablement par l’accouchement des souris à deux pattes qu’on « PowerPointe » en 30 pages comme une innovation de rupture. On limoge parfois les expérimentés qui osent pointer du doigt quelques soucis de ‘régression’ et le non fonctionnement réel de l’innovation.
Si je regarde plus en détail la principale cause des régressions, elle est dans la sous-estimation de la complexité de « bien faire à 100% » et dans la non transmission de savoir vertical et horizontal.
Car si après 3 mois de recette bien faite, un truc ne marche pas, c’est que c’est un truc un peu « sioux », rare et sophistiqué qui nécessite justement qu’un penseur passe du temps pour analyser la cause. Qu’on ne délègue pas ‘ce détail’ sur les personnes les moins armés pour corriger en 1 heures sans aucune transmission profonde du savoir.…et en mettant une pendule sur leur bureau.
Au niveau d’un pays, ne vit-on pas une énorme régression informatique ou les penseurs ont des idées pour faire avancer le schmilblick, mais ensuite délèguent sans assumer la mise en œuvre jusqu’au bout à une machine juridico-administrative de bidouilleurs qui tirent dans toutes les sens , dépiautent l’ensemble en se chamaillant pour transporter chacun sa petite boulette dans sa tanière , pour finir avec un champs de ruine .
Ce « mal et vite faire » est la cause des maux quotidiens qu’on vit lorsque la moindre chose administrative ne passe pas par le bon tuyau, une machine nécessite une réparation, on téléphone à un service après-vente pour supprimer un abonnement, prendre une rendez-vous en urgence avec un serveur téléphonique automatique…C’est une quantité anomale et permanente de petites tracasseries et dysfonctionnements de notre quotidien.
Avec impuissance, je suis en train d’infliger la même chose à mes propres clients qui ne peuvent pas réaliser correctement leurs commandes et s’énervent sur certaines pages…. Car, nous sommes en plus tous devenus des otages des systèmes informatiques qui lorsqu’ils ne marchent pas bloquent totalement nos activités. Cette nouvelle dépendance totale de notre vie des soft et des hardware, de plus en plus complexes et donc mal maîtrisés est un sujet intéressant…
A mon petit niveau, ça m’occasionne juste des aigreurs d’estomacs et une petite perte d’argent pour payer mes factures du mois, mais au niveau macro-économique, quel est le coût qu’on paie ?