Ni tête, ni pieds.

L’histoire est un objet éminemment politique.
Il est toujours intéressant de regarder le même événement historique par les yeux d’une culture différente.
En regardant les fresques du temple de Dendera avec mon ami copte, nous avons une vive discussion sur « le coupable de la destruction » de la civilisation égyptienne (et des fresques!). Heureusement, Mitri est aussi égyptologue passionné et donc connaît les vérités par faciles à entendre pour un copte moins érudit.
Nous finissons par en rire en nous montrant les destructions de la façade faite successivement par les chrétiens, puis par des arabes …

L’histoire de la fin de la civilisation égyptienne est fort d’enseignement quand on s’interroge aujourd’hui sur notre rapport aux autres religions, aux éternels casse-pieds fanatisés et surtout à ceux qui les manipulent.

Voici une page du passé, dont ne parle pas trop dans nos livres en occident. Il s’agit de l’anéantissement violent et organisé d’une civilisation égyptienne riche de 3 millénaires dans la brève période entre 400-500 ans après JC.
Oui, on peut dire, voici la première manifestation d’un génocide religieux et d’un totalitarisme doctrinal.

En 1986, le Président Mitterrand, passionné de l’Egypte ancienne se posait cette question intrigante lors d’un entretien avec Marguerite Duras. Comment cette civilisation si riche avait pu disparaître si vite ? En ne laissant même pas une personne capable de traduire les hiéroglyphes au 5 -ème siècle après JC. Il y a en effet de quoi s’étonner.

Les livres d’histoire font un raccourci et les coptes (chrétiens) qui aiment se présenter comme descendants directs de la nation pharaonique brouillent les pistes.
Alors, voilà les quelques faits qu’on devrait revisiter dans notre mémoire.

Les invasions politiques grecques et romaines de plusieurs siècles n’ont pas détruit la civilisation égyptienne, ni son culte.
La civilisation égyptienne était donc très active encore 350 ans après JC, les « maisons de vie », les temples ouverts et la déesse Maât universelle vénérée par le peuple égyptien.
Abolir une religion d’un peuple entier semblait impensable.
Les conflits étaient politiques, jamais religieux et les conquérants respectaient les cultes, très souvent même s’en inspiraient.
Quand Constantin promulgue le christianisme au rang de la religion de l’Etat de l’Empire romain au début du 4 -ème siècle, il respectait encore les autres croyances.
En Egypte, environ 20% des égyptiens sont devenus chrétiens à cette époque. C’est là où les explications des coptes orthodoxes, portant sur la proximité des thèmes de résurrections connus dans le culte d’Iris, proches de la résurrection de Christ ont une logique acceptable.
MAIS.
Les phrases explicatives sur le big bang qui transforma ce pourcentage de 20 % à 80% à une vitesse étonnante, sont de la Pravda cléricale. Nous lisons dans les livres des phrases comme : « bénéficiant de la bienveillance de l’Empire romain, l’église d’Egypte prospère ».
Voyons un peu notre djihad à nous.
En 391, un coup de tonnerre s‘abat sur l’ancien Egypte et 80% de sa population non chrétienne.
L’édit de Théodose vise spécifiquement l’Egypte dont la civilisation splendide état trop inspirante dans l’Empire. L’édit ordonne la suppression de tous les cultes autres que chrétiens. Suppression, point.
L’Egypte fut un laboratoire de “l’effacement du culte égyptien ». Le travail de l’Eglise n’était pas simple : l’objectif fut d’abattre une civilisation riche et brillante, âgée à l’époque de plus que 3 millénaires !
La démarche n’avait rien d’angélique, ni de bénévole. Il s’agit d’une première logique totalitaire de l’humanité. Un seul dogme sinon la mort.

Une partie noire de l’histoire, probablement aussi le premier génocide religieux.

Il fallait extirper du cœur du peuple Isis et Osiris, Dieux adorés. Avec un acharnement incroyable qu’on observe aujourd’hui encore dans le martellement frénétique destructeur des façades des temples et effacement bestial des visages et des pieds des Dieux (ils ne devaient ni penser ni marcher) !
Non, ces destructions qu’on voit partout sur les temples égyptiens, ce n’est pas l’érosion du temps, elle ne vient pas uniquement des arabes du 7ème siècles, mais des chrétiens du 4ème.
Il ne s’agissait pas que de la destruction des statues, des fresques et des connaissances.
Des milliers d’hommes et femmes sont massacrés, l’Eglise pourchasse des « païens », détruit les temples et leurs serviteurs. Avec une violence incroyable.
L’extermination intentionnelle, physique et programmée d’un groupe en raison de sa religion, telle est la définition actuelle du génocide. Acte N°2.

L’Eglise a de la méthode. Cette méthode est toute moderne, nous avons aussi de nos jours des penseurs planqués à Londres, à Oslo ou à Bruxelles qui endoctrinent des fraîchement convertis pour les envoyer dans le désert pour se former, puis aller tuer les impies dans les villes. Ces castrés psychiques vont faire la guerre aux mécréants et impies en tuant dans la rue des voisins innocents au nom d’une religion expansionniste porteuse ‘d’amour’.

L’Eglise du 4 -ème siècle forma des fanatiques fraichement convertis, associés à l’armée. Les moines chrétiens ont été entraînés comme des soldats. On choisissait aussi en Egypte surtout des ignorants convertis de fraîche date.

Endoctriner un ignorant est une méthode éprouvée. Lorsqu’une personne a un petit pois dans la tête, qu’elle soit née au 4ème ou 21ème après JC, il y a toujours un moyen de remplir le vide avec une bêtise dangereuse…
Voilà qu’on enseigna aux moines soldats que l’ancien culte de leurs pères était “démoniaque. On les envoyait aussi vivre pour se former loin des familles dans le désert. Symboliquement le désert était assimilé au royaume de Sèth donc au meurtrier du Dieu Osiris. On les a fait même croire que qu’ils vont accélérer la venue de Jésus en supprimant la foi de leurs ancêtres. Et évidemment, ils devaient aussi attendre la fin du monde…Nous retrouvons ici toute la panoplie d’un radicalisé.

Les forces armées de l’empereur accompagnées de ces fanatiques enclenchèrent un effroyable massacre de leurs propres compatriotes. Ils démolissaient et incendiaient des constructions en hommage de leur Dieu. Les temples devaient être transformés en églises ou détruites. L’Égypte devint un charnier.
L’église était consciente de la ferveur que suscitait particulièrement la déesse Isis : le mythe central égyptien de la déesse Isis, de la résurrection de son mari Osiris grâce à son amour et fidélité et la naissance de leur fils Horus par cette femme fidèle et maternelle , sans le sexe de l’Osiris, morceau de corps introuvable. (Toute ressemblance avec….)
L’Eglise propose de remplacer Isis par Marie, mais qui ne fait tout de même pas partie centrale de la trilogie divine toute masculine.

Les leaders de cette belle réussite : l’archevêque de Milan, les archevêques d’Alexandrie Théophile, Cyrille* et Dioscore et le féroce moine Chénouti.
Les 3 archevêques alexandrins furent des patrons des moines du désert, de ces véritables fanatiques furieux.
La réalité parfois oubliée : des milliers de moines, armés de massues, crient et s’abattant sur la capitale, mettent à sac l’Alexandrie. Aucun temple de fut épargné. Ni leurs occupants. A peine en cent ans, il ne restait même pas un survivant pour lire un hiéroglyphe.
La fille de Théon d’Alexandrie Hypatia, considérée par Socrate comme surpassant tous les philosophes de l’époque fut lapidée, brûlée vive, son corps dépecé par les tessons de poterie par une horde conduite par une centaine de moines.
Les témoignages de cette époque destructrice viennent des récits des fonctionnaires de l’empire qui valorisaient dans leurs descriptifs administratifs de l’époque cette “destruction des idoles, des temples et des bibliothèques. On alla jusqu’à présenter Hypatia comme vieille et moche, tout inverse de la vérité. Les moines furent magnifiés comme porteur d’une ‘religion d’amour’…

En réalité, c’était la conversion ou la mort pour la population.

En moins d’un siècle et demi ne restait plus rien de cette civilisation. Seulement tout au sud du pays, avec l’aide des bédoins du désert, les Blemmyes, le domaine d’Isis de Philae a survécu jusqu’à 543après JC.

Voilà une autre façon de voir la petite phrase joyeuse « le christianisme se repend parmi le peuple égyptien qui se convertit en masse » de nos livres d’histoire.
Et malgré une rumeur persistante qui attribue l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie aux Arabes, elle avait été définitivement détruite en 391 par les chrétiens fanatiques, car ce fut symbole d’un ancien savoir païen à éradiquer.
Les Arabes ont « juste » ajouté d’autres destructions et ont imposé leur langue.

Puis, la roue tourne et les chrétiens sont redevenu les 20% minoritaires en Egypte et sont persécutés à leur tour. Encore aujourd’hui par d’autres fanatiques entrainés dans le désert. Les églises brûlent encore…

La pauvreté n’explique pas tout. L’instrumentalisation de l’ignorance explique presque tout..
*(à propos, Ambroise et Cyrille furent canonisés)