Ma journée Papillote JURIDICO ADMINISTRATIVE’.
Assez, je fais un break !
 
Rien de plus pénible que de rédiger les lettres recommandées, relancer les impayés, fabriquer les PV des assemblées et compléter divers formulaires liés à la gestion d’une petite entreprise. Une pénibilité certaine qui n’apporte pas un rond.
 
Dans les PMI et PME manque une armée administrative juridico-gestionnaire à qui on aimerait bien sous-traiter, si on avait le budget pour cela.
 
Je m’improvise donc tantôt juriste, tantôt expert-comptable, tantôt secrétaire général, tantôt société de recouvrement.
Dilettante en tout, je risque une gamelle partout, instruite à charge par un contrôleur « éplucheur de la petite ligne » qui a le temps pour me casser les pieds…
 
Tout ça pour dire que je fais donc un break pour penser à autre chose. Ou presque.
 
Pourquoi, je n’aime pas viscéralement non seulement les formulaires, mais aussi les textes courts et les pensées-formules ?
 
Le monde numérique raccourcit les écrits à des petits paragraphes à lire sur Les petits écrans. Les gens lisent de moins en moins des écrits plus développés.
 
Partout dans le métro, dans la rue, au resto, dans leurs moments de détente, les personnes sont penchées sur leur mobile et ingurgitent une avalanche de pensées courtes, de brèves, comme un sandwich ou hot-dog.
 
Des énoncés en quelques mots, une seule phrase, pas deux.
Une expression ramassée, un principe péremptoire asséné en une accroche, un titre sidérant ou absurde court, un twit de compassion, une sagesse rurale ou un titre choc, au mieux accompagné d’une image, d’un dessin ou d’une petite vidéo.
 
Il est évidemment possible de ciseler une affirmation concise et une pensée aigue en synthèse.
Nous avons bien intégré le fameux : « ce qui se conçoit bien s’énonce brièvement ».
 
Il est affectivement intéressant de tomber sur une synthèse bien exprimée, comme un point lucide et culminant d’une véritable discussion, d’une véritable réflexion.
 
Mais, ce qu’on ingurgite le plus souvent, ne sont pas des synthèses lucides, mais du prêt-à-penser réduit à quelques phrases qui s’imposent sans discussion et sans concession comme un slogan publicitaire.
 
J’ai mis le doigt enfin sur ce qui m’irrite.
 
Après plus de 20 ans dans la communication, je reconnais la difficulté pour trouver un bon slogan, une bonne base-line, une accroche qui dit des choses simplement et avec justesse.
 
J’évalue l’effort pour bâtir une promesse d’un produit de manière à la fois créative, mémorisable et courte pour tenir sur une annonce en une ligne.
Je connais donc bien la difficulté d’écrire de manière ‘courte’.
 
Mais justement, cette façon d’écrire est faite pour créer un réflexe.
Pour éviter l’hésitation, pour acheter sans tergiverser !
La publicité n’a jamais prétendue de faire réfléchir ou de raisonner.
La publicité est faite pour vendre un objet en conditionnant l’acheteur pour lui rappeler son désir ou sa peine, dans le but de déclencher son reflexe d’achat réparateur.
Reflexe, pas réflexion. Du conditionnement comportemental.
 
En dehors du commerce, les pensées-formules, les slogans, les mots-d ’ordre, les petites phrases assassines qu’on répète et transporte en grande vitesse sur les réseaux sociaux représentent un danger.
 
En tout cas, je le ressens comme un danger pour la démocratie.
 
Une pensée réellement intéressante a besoin qu’on développe une tension entre plusieurs arguments, plusieurs points de vue, pointant les oppositions, les illogismes, les objections, les contre argumentations.
Il est difficile d’ailleurs d’avancer seul dans une réflexion, sans se frotter à des avis divergents.
 
Oui, la véritable pensée comme la véritable démocratie suppose des discours longs et les négociations lourdes. Des palabres pour qu’un consensus murisse, une solution acceptable surgisse.
 
Les formes courtes sont le signe des régimes autoritaires ou aristocratiques.
 
C’est comme croire que le référendum est une forme évoluée de la démocratie.
 
C’est exactement l’inverse.
C’est de réduire les choix complexes et souvent difficiles à résoudre, à une absurde question binaire. Le politicien qui n’assume pas son travail s’adresse avec une phrase laconique et spartiate, prétendument facile à répondre, à des millions d’individus, qui en vont pas en réalité assumer leur réponse.
La majorité ne passera pas d’ailleurs une seconde à s’informer et à réfléchir.
Les citoyens se donneront toutefois le droit de pousser des millions d’autres concitoyens dans un précipice en évitant de se prendre la tête.
C’est confondre la massocratie, vétocratie et démocratie. L’irresponsabilité et l’effort de consultation approfondie.
 
Les tyrannies sont des adorateurs du court. Les autocrates et populistes adorent les référendums et des pensées-formules.
 
C’est ce qui m’horripile quand une foule hurle un slogan, quand les textes des médias regorgent de titres accrocheurs, quand on pratique en politique les petites phrases assassines faciles à mémoriser, liker, transférer et à répéter.
 
Quand les hommes politiques balancent juste des petites phrases…