L’apparence, la religion et le travail en Corée

Le goût de l’effort

Baccalauréat

Le baccalauréat se dit « Saneung ». Il est 8H30 et le QCM redouté commence pour se terminer à 17h30. Un échec à ce questionnaire représente la sanction de toutes les années d’études. La pression est énorme.

Ce jour là, les policiers sont mobilisés pour accompagner les enfants à l’examen. Les employés priés de venir une heure plus tard pour libérer les transports. Les avions ont l’interdiction de voler et la fréquence des transports est augmentée. Devant l’école, les anciens élèves sont là pour soutenir les bacheliers. On distribue des vitamines. Les professeurs qui ont préparés des épreuves sont interdits de portable et d’Internet. Ils restent coupés du monde pendant un mois.

Dans la majorité des écoles, les élèves portent des uniformes (héritage japonais) et de nombreuses écoles séparent des garçons et des filles. Le contrôle des connaissance est axé sur la mémorisation et des QCM. Les instituts privés (hagwon) complètent l’enseignement jusqu’à minuit. Les élèves du secondaire dorment 5-6 heures par jour.

La conséquence est désormais connue.

Le taux d’alphabétisation est passé de 22% en 1945 à 98% en 2010. 70% des bacheliers vont à l’Université (55% en OCDE). Ce système efficace a un prix, la santé mentale des enfants.

Le suicide est la première cause de mortalité des jeunes.

Arbeit (alba) se prononce « areubahiteu ».

Ce mot vient de l’allemand mais signifie ici un travail précaire, temporaire, interchangeable. C’est 40% des salariés.

Il n’ y a pas donc que les Samsungmen, LGmen et les “office girls” en costumes bien coupés de Séoul qu’on peut voir en Corée du Sud. Une grande partie de la population a du mal à joindre les deux bouts. Et c’est particulièrement difficile pour les personnes âgées. Malgré un énorme développement du pays, les fractures sont importantes et perceptibles.

La culture et la religion en Corée du sud

La rapide croissance et l’évolution du pays est à l’image des dernières générations qui suivent et sont formées pour le monde actuel. Ceux qui ont connus la période de désolation après la guerre de Corée se trouvent désormais en âge de la retraite, souvent avec peu de moyens. Les écarts de niveau de vie sont très visibles lorsqu’on se balade dans le pays. Entre un quartier d’affaire de Séoul et un marché populaire, la différence de style de vie saute au yeux.

Dans la génération de seniors, on rencontre d’une part des retraités “deungsaneurs”, ces randonneurs à l’aise dans leur vie de senior. Mais aussi les grandes mères qui essaient de vivre en vendant quelques légumes sur le trottoir. Les personnes âgés qui ramassent les poubelles dans les quartiers où les véhicules de ramassage ne passent pas facilement.

Palli palli : “vite vite”

On a le sentiment partout que ce pays est un peu la victime du palli palli : “vite vite”. En cela, nous sommes ici loin du calme japonais. Pour sauter dans un bus, il faut anticiper son stationnement et se placer juste devant la porte. Ensuite, il faut s’engouffrer le plus vite possible à l’intérieur. Sans attendre, il est vital de saisir la barre de maintien sinon vous atterrissez sous le siège. Le chauffeur démarre comme dans un film policier.

La Corée est passé dans les 15 premiers pays les plus développés en 50 ans. C’est pour dire que tout va vite en Corée. Attendre quinze minutes, c’est très, très long en Corée.

Mariage et maternité

Le mariage est en Corée la rencontre entre deux personnes, mais aussi deux familles. En Corée, il faut se marier, pour exister en tant que femme. Malgré l’évolution des mœurs, l’influence des parents est encore très importante. Notamment au travers du sonaeting et du seon, rendez-vous arrangé par les familles.
L’idéal du couple est d’avoir un seul enfant, un garçon. Pour éviter les avortements abusifs, l’IVG est quasiment interdit et les médecins ne doivent pas révéler le sexe de l’enfant.

URI

Le nous coréen Uri est le mot-clé pour comprendre le pays. C’est la possession exprimée de manière collective. Un Coréen dit ainsi notre pays, notre mari, notre fils, notre grand-père pour signifier que la personne fait partie d’une communauté. Uri nana est la Corée au complet, le sud et le nord réuni. Et uri inmin, notre peuple. Cependant le Nord a gardé aussi l’appellation Choson et le sud le mot Hanguk, le pays du Han.

L’apparence

Le diktat de beauté conduit des femmes coréennes (et aussi des hommes) à passer plus de deux heures par jours à se maquiller. Une coréenne utilise en moyenne une dizaine de produits quotidiennes pour son visage. Sortir sans maquillage est impensable.

La routine beauté matinale en 10 séquences implique gel exfoliant, masque, torchon à vapeur, sérum, soin des yeux, BB crème, poudre et blush. Evidemment des crèmes pour éclaircir sa carnation.
Le test du beau visage : assez petit pour pouvoir le cacher derrière un disque de la taille d’un CD. Avoir la peau mate ‘jamsu » est un must, quite à se talquer comme un harlequin…

La chirurgie esthétique comme cadeau pour le bac

Il faut réponde au standard de la beauté dicté par la K-pop. C’est aussi le moyen de trouver plus facilement un mari et un travail. Les coréens surconsomment la chirurgie esthétique. Un débridage des yeux est banal, suivi par le nez, la mâchoire moins carrée, plus en forme de V, le menton mieux dessiné. Pour les hommes, il s’agit des implantations capillaires, de lifting de paupières, de la liposuccion et le modelage du nez “plus haut”.
Les hommes sont aussi accros aux crèmes à base d’extrait d’escargot, aux masques hydratants au concombre et aux lotions toniques au thé vert. La Corée du sud, c’est 20% de ventes de beauté masculine. Et le plus drôle, les hommes attrapent le virus de soins de beauté souvent pendant leur service militaire !

Mais comme pour le maquillage, la situation devient extrême.

Actuellement, un tiers de Coréennes âgées de 19 à 29 ans ont subi une intervention chirurgical. C’est presqu’un rite de passage à l’âge adulte.

Le gouvernement via le Ministère de l’Egalité des genres tente de faire bouger les choses auprès des média. Curieusement, les interventions du gouvernement sont mal perçues.

Pourquoi ? Les années 1960-1980 sont des années de régime totalitaire et autoritaire où la dictature militaire alla jusqu’à contrôler la longueur des cheveux des jeunes. Ces souvenirs sont encore trop présents pour accepter qu’on intervient sur le sujet de l’esthétique, encore considéré comme une liberté individuelle.

L’apparence comme moyen de pression sociale.

Des mouvements contre cette dictature du physique, incluant la chirurgie esthétique ultra-banalisée (jusqu’à 30% des femmes sont passées sous le bistouri), se multiplient sur les réseaux sociaux.
Il existe désormais un mouvement intitulé « Echappe au Corset »( Escape the corset )qui s’inscrit d’ailleurs dans un contexte plus large de révolution féministe contre les valeurs encore très patriarchales. Les youtubeurs et coréennes mettent depuis un an en ligne des photos de leurs produits cosmétiques jetés à la poubelle.

Le chemin est long :

Une journaliste, Hyan-joo a été considérée comme  « brisant les normes de beauté », après avoir gardé ses lunettes lors de son émission télévisuelle en avril 2019 ! Le mot féministe est encore une insulte en Corée. C’est juste le début de la lutte contre le corset, qui est en réalité une énergie mentale quotidienne inutile, dépensée au détriment d’autres activités. Les femmes se réveillent parfois deux heures avant d’aller au travail pour assurer un maquillage parfait.

Un héritage d’une société patriarcale.

En matière d’égalité des sexes, la Corée est classée 115e sur 149 pays selon World Economic Forum. Le néo confucianisme, une sorte de’ salafisme’ du confucianisme a fait des dégâts sur l’interprétation de la position de la femme dans la société.

Ce courant de pensée encourage le sexisme et met clairement la femme dans une position subordonnée. Elle doit respecter le mari et le père et “son” fils et s’occuper uniquement des tâches ménagères.
Il existe aussi une longue tradition d’analyse des traits du visage. Une femme aux traits peu harmonieux sera doublement discriminée. Un visage harmonieux est considéré comme un signe de beauté intérieure !

Un autre combat concerne le molka. Il s’agit de tournages illégaux des images de nature intime ou sexuelle à l’aide des caméras cachés (« spycams ». Par exemple, dans les toilettes au bureau, les WC publiques, les caméras dans les stylos, chaussures et montres. Le revers de la technologie de pointe qui commence enfin à devenir un sujet publique..

Les religions

Le bouddhisme.

tantôt religion, tantôt courant de pensée est présent en Corée du Sud depuis le IVème siècle, soit 900 ans après la mort de Bouddha (Siddhartha Gautama) . Venu de Chine, cette religion d’Etat pendant la période des Trois royaumes avant le 1392, a été sévèrement réprimée sous la dynastie Josen (1392-1910). Cette dynastie favorise le néo-confucianisme. Une centaine de temples bouddhistes furent détruites, dont le célèbre Bulguksa. Mais l’occupant japonais en 1910 privilégie à nouveau le bouddhisme. Son courant Seon (zen), représenté sous le nom de Jogye regroupe actuellement 90% de bouddhistes.

Toutefois, encore récemment, dans les années 80, les adeptes étaient accusés de complaisance avec l’occupant japonais. Le courant doit faire face au christianisme protestant ( majoritaire avec 31% de croyants).

Le confucianisme

Le confucianisme est devenue une religion d’Etat en 1392, sous la dynastie Joseon. Elle imposa une hiérarchie très stricte : le roi est le garant de l’Etat et l’homme de la famille. Les cadets doivent toujours respecter les ainés et rechercher le perfectionnement personnel. Le culte des ancêtres, la piétée paternelle sont des préceptes profondément encrés dans la société encore de nous jours.

Même si seulement 3% de la population se réclame en réalité de cette religion. et pourtant, il est impossible de comprendre la Corée sans comprendre le poids de cette tradition devenue surtout culturelle.

Le christianisme

Il rencontre un certain succès, mais il est aussi en contradiction avec la théologie confucéenne qui prône une société très hiérarchisée.

Les temples protestants sont toutefois omniprésents . Aujourd’hui, c’est la religion protestante qui représente 24% de la population, et les catholique uniquement 11%. Le catholicisme connaît un certain succès chez les lettrés et adeptes d’un confucianisme plus pragmatique. les religions protestantes sont ici présentes aussi au travers des groupes extrémistes et secteurs.

Chamanisme :  Mudang et Saju café

Chamanisme, croyance venue de Sibérie il y a plusieurs millénaires est toujours présente. Interdite par le confucianisme sous la dynastie Choson, les chamans conservent encore un rôle important dans la société. Ils sont quasi exclusivement des femmes, appelées mudang.

Les rituels.

Il y a deux types de rituels. Le kosa est une offrande et une divination utilisée pour passer un examen, assurer un succès dans les affaires, pour le mariage. Le gut un un rituel de possession d’esprit. Le chaman entre en transe, assuré à l’aide des chants et de la danse. Il “entre en contact avec les esprits” pour faire le lien entre les esprits défunts et les vivants. Le mudang reste populaire ainsi que les cafés de voyance, saju café.
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Le goût de l’éphémère et de la nouveauté

La démocratisation date que de 1988, ainsi que la nouvelle Constitution. Depuis, la Corée est boulimique de progrès, de la consommation de gadget dernier cri, de nouvelles enseignes et marques, de la transformation de quartiers. La ville semble toujours ne travaux. Tout est rapide et excessif.

Le gaspillage est omniprésent, la climatisa fonctionne à plein régime, en hiver le chauffage est au maximum. La Corée consomme 1.5 fois plus d’énergie brute que la France et les émissions de CO2 étaient également très largement supérieur. C’est depuis peu que la conscience écologique se réveille en Corée.

Le HAN.

Rivalisant avec la Chine et le Japon, subissant de nombreuses invasions au fil des siècles, les Coréens ont parfois le sentiment que le bonheur est impossible. L’alcool aidant, le Coréen est vite nostalgique. Le han est un mélange de regret et de rancœur. C’est l’évocation de l’oppression passée, des injustice de la vie, de la frustration quotidienne, mais c’est aussi une force pour rebondir.

Culture de Jeong

Un concept qu’on retrouve au Japon et en Chine également, en Corée il signifie un ensemble de comportements sociaux, une sorte de “l’esprit” et savoir-être. C’est une émotion collective, la bienveillance, l’attention envers l’autrui, une certaine solidarité. Peut-on dire, une forme d’intelligence collective qui facilite la vie difficile des individus. Jeong implique aussi qu’on peu favoriser un groupe au détriment d’un autre. On retrouve ce phénomène aussi dans les cultures tribales. Globalement, c’est un sentiment positif et puissant qui adoucit la vie quotidienne. Mais qui pousse à adopter les règles de vie d’un groupe et gare à celui qui les transgresse.