Comme deda

Hier soir, je me suis rendue compte qu’on ricanait gentiment derrière mon dos. J’ai été en train d’insulter ma TV qui me projetait à la figure l’image de la blonde nationale.

Je me souviens qu’en famille nous pouffions de la même manière derrière le dos de notre grand père (deda) dressé devant son écran. Il invectivait avec verve le porteur du pin’s communiste qui y apparaissait chaque jour pour mentir, pérorer et se féliciter de la situation du pays.

A ceux qui rigolaient hier soir derrière mon dos, je dis deux choses :


1. Mon grand-père a été aussi une des rares personnes qui a toujours résisté et crû à la chute du régime. Il eut la récompense de le voir avant sa mort.
Je suis contente qu’il ne voie pas que sous la terre brûlée, depuis peu les racines du mal repoussent dans une version génétiquement modifiée. Que la mode des légumes anciennes est de retour. Avec un peu de marketing, on nous vend désormais un rutabaga comme une innovation agricole et surtout plus cher qu’une bonne pomme de terre.

2. Je comprends qu’insulter son écran a été pour mon grand-père une manière de garder sa combativité. Eviter de se briser et de tomber dans la léthargie et l’acceptation molle. C’était juste une façon à lui de survivre. C’était respectable plus que risible.
Et au fond, je pense que c’était utile pour nous, les plus jeunes, de voir qu’on peut garder son espoir et sa verve intacts pendant plus de 40 ans.