Retour dans le passé à Prague

Je me fais plaisir de m’assoir dans ce siège de l’ancien doyen de la Faculté philosophique de Charles IV en regardant le Château de Prague juste en face par la fenêtre. La vue est magnifique. Ce siège appartient aujourd’hui à la première femme doyen depuis le 14ème siècle. Tout arrive. C’est une super nouvelle.

Mais je me fais doublement plaisir. Car la dernière fois, quand je suis rentrée dans ce bureau, c’était en 1980, pour demander au doyen de l’époque l’autorisation de passer à la faculté d’interprétariat et de traduction pour étudier le français.
Nous appelons cet ex-doyen entre copains « ta komunisticka svine’. Ce qu’on peut traduire poliment par « ce salopard communiste ». En réalité « svine » est le petit nom de la femelle de cochon. C’est pour dire que nous avions confiance en lui et que nous ressentions un véritable respect devant ce digne représentant de la révolution du prolétariat.
Effectivement, pour le transfert, il s’en foutait de savoir si j’étais compétente en français. Toutefois, il m’a demandé avec un sourire narquois, si j’avais bien rempli à la faculté mon « devoir sociétal ». Ce petit carnet où il fallait obtenir un tampon, soit du parti communiste, soit d’un autre organisme de contrôle de la pensée populaire rouge. Et comme j’ai menti, cela m’est tombé dessus l’année suivante…Et voilà, un exilé de plus.

Il est mort depuis peu et je suis assise dans son siège, en train de regarder le Château et j’en ressens une profonde satisfaction. Même si on m’a juste prêté le siège pour 5 minutes…

J’en retiens toujours la même leçon : il ne faut pas céder à la facilité, c’est tout.