Gardienne de Guérite nous informe

Selon la déclaration de la Bleu Marine Gardienne de Guérite : « Le rétablissement des frontières va protéger les français des terroristes. »

En Août 1981, Forbach.

Je traverse la frontière entre l’Allemagne et la France sur ma mobylette Babetta rouge. Les frontières sont encore ‘gardées’, les voitures font la queue pour se faire contrôler, les gardes-frontière et les douaniers lèvent les barrières après chaque passage et tamponnent le passeport. Les camions perdent des heures dans les parkings avant de passer. Nous changeons les marks contre les francs en y laissant un pourcentage au passage…

Sous la pluie, une fille de 20 ans, habillée en imperméable plastique, un petit sac bleu attaché derrière le siège, lunettes et casque élimé complètent le tableau. Le douanier ne sort même pas de sa guérite, il fait un geste blasé à celle qu’il considère comme une frontalière du coin sur sa mob’.
Imaginait-il une seconde, que je roulais ainsi des centaines de kilomètres ?

La frontière avant, entre l’Allemagne et la Tchécoslovaquie entourée de barbelés infranchissables, chiens de garde et miradors, les soldats qui tirent à vue. C’est une autre histoire.

Ce n’est pas une frontière pour bloquer les entrées, mais pour éviter la sortie de mon peuple heureux ayant opté pour le régime communiste contre l’impérialisme capitaliste. Il n’était pas conseillé de forcer le passage avec une mobylette pour partir.

Il valait mieux présenter une autorisation de sortie du territoire. Très difficile à obtenir, sauf pour la nomenclature du régime, encartée au parti du peuple, détenteur de vérité et des tampons. Le tampon-sésame devait être donné par un ‘tamponneur’ autorisé, appelons-le “petit Vladimir.”

Mais ce petit fonctionnaire Vladimir, avec son pin’s rouge sur l’uniforme, découvre la loi du marché très vite. Il est assis sur un tas d’or. Son tampon a la valeur de sa rareté. Une sorte de diamant-coco. Vladimir ne résistera pas longtemps à lutter contre l’enrichissement et tamponne de temps en temps en échange d’une enveloppe. Il faut éviter de se tromper de Vladimir ou du montant. Ceci s’apprend vite.

Face aux interdits, dans une société totalitaire, dans une dictature, comme sous la prohibition se développent les circuits parallèles d’achat de marchandise et de négociation des morceaux de liberté bafouée.
Les passeurs, le marché noir, les contrebandiers et la corruption des petits détenteurs de tampon, cette corruption populaire de petit bureaucrate est omniprésente. Chaque autorisation, chaque tampon et chaque signature se monnaie. L’interdit gangrène le quotidien de tous et fait le bonheur des apparatchiks. Il faut savoir vite glisser les enveloppes.
Les élus de FN connaissent visiblement déjà très bien la méthode. Les réseaux de terroristes aussi.
Pour arrêter un terroriste, fermement décidé à passer dans un pays, c’est donc un peu plus compliqué que de remettre une guérite et même un mirador.

Mais c’est juste mon avis. Sinon, on peut faire comme la dame de l’autre soir au micro du journaliste : «BEHN…je vote Marine, pourquoi pas, c’est le truc konapa encore essayé. «

Si on mettait une grande moustiquaire sur la frontière ? Un « truc » moins dangereux, tout aussi idiot et nous ne l’avons pas non plus encore essayé. BEHN, à voir…